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L’instrumentalisation de l’épidémie de COVID-19

Par Patrick Seguin

Présentation du texte par son auteur

Le texte:

La crise sanitaire mondiale concentre à elle seule tout ce que nous combattons du libéralisme,notamment sa recherche effrénée de profit et sa marchandisation de tout ce qui peut exister.

La pandémie actuelle occupe largement l’espace médiatique et public du pays et il devient de plus en plus évident que les mesures décidées et surtout leur mode d’application n’ont pas une visée strictement sanitaire.

1 – PEUT-ON EVITER A L’HUMANITE TOUTE EPIDEMIE, TOUTE PANDEMIE ?

Peut-on éviter à l’humanité toute épidémie, voire pandémie ? Assurément non. L’humanité n’a jamais fait disparaître un quelconque microbe pathogène (bactérie, virus, champignon, etc …). La médecine, préventive ou curative, ne peut que limiter les maladies infectieuses, parfois les éradiquer mais sans les faire disparaître totalement.

Prenons le cas des virus.

Ils jouent un rôle incontournable dans l’évolution du vivant depuis des centaines de millions d’années.

Ce sont exclusivement des parasites intracellulaires. L’individu parasité s’appelle l’hôte. Les virus sont plus ou moins spécifiques d’espèces, de groupes vivants. Ils sont partout. Non seulement ils peuvent se recombiner entre souches différentes chez un même hôte, mais en passant d’une espèce à l’autre ils peuvent transférer des fragments d’ADN, induisant en quelque sorte naturellement des « OGM », ce que sont tous les êtres vivants actuels et passés (bactéries, végétaux, animaux).

2 – LES CAUSES DE LA PANDEMIE

La première cause du développement de la pandémie de Covid-19, comme d’autres, est directement liée à au moins trois facteurs : le bétonnage à outrance, l’agriculture productiviste et la recherche de matières premières à tout prix. Leur combinaison abolit les « frontières » entre urbain et rural et celles entre rural et « sauvage ».

Ces trois facteurs impliquent la déforestation à outrance, mais aussi par exemple la disparition des zones humides.

La probabilité de contact direct entre des virus présents chez des animaux de ces milieux et l’humain augmente.

Une zoonose est une maladie déclenchée chez l’humain par un parasite d’une autre espèce animale.

L’apparition d’une zoonose peut se transformer en épidémie, et ensuite en pandémie grâce au grand déménagement du monde.

C’est le cas de la Covid-19.

La diminution de la biodiversité augmente les risques de pandémies pour l’être humain, les cultures, tous les autres êtres vivants. La biodiversité, ce ne sont pas seulement des espèces différentes mais aussi des patrimoines génétiques variés au sein de chaque espèce et à plus grande échelle des milieux de vie diversifiés. Cette variété génétique favorise la survie de chaque espèce. En effet chaque individu possède ainsi des caractéristiques « cachées » pouvant s’avérer bénéfiques face à une situation nouvelle et assurer sa descendance.

Selon le même processus les épidémies au sein des cultures sont favorisées par les monocultures implantées au nom de la rentabilité et de la productivité.

3 – RETOUR EN ARRIERE RAPIDE

Depuis le début de l’année, on aura entendu tout et son contraire, au-delà des incertitudes scientifiques concernant cette épidémie.

Le plus grave concerne avant tout les mensonges gouvernementaux :

  • Le match Lyon – Turin autorisé parce qu’un « virus ne franchit pas les frontières » : allusion en négatif au nuage de Tchernobyl, alors que le vecteur du virus est justement l’être humain.
  • Le confinement rejeté par le ministre de la Santé parce que « chacun sait qu’il est recommandé d’aérer son appartement, donc de ne pas le confiner, pour éviter toutes sortes de maladies ». Ce monsieur n’est pas assez ignare pour confondre le confinement d’une habitation et celui d’une population : il a menti délibérément.
  • Quant aux masques, personne n’a oublié les explications ridicules de la Porte – parole du gouvernement.

Des mensonges qui ne s’appuyaient pas sur des éléments scientifiques mais qui visaient à occulter les insuffisances du système de santé et à masquer les responsabilités des un.es et des autres depuis de nombreuses années.

Pour le commun des mortels, il devient donc très difficile de s’y retrouver au milieu des mensonges et contradictions officiels.

4 – LA GUERRE DU PRESIDENT MACRON

Le contenu de son discours martial d’avril – « nous sommes en guerre » – reste le fil directeur de la politique gouvernementale.

L’expression est un contresens puisqu’un virus n’est pas un état avec lequel notre pays serait en conflit. Si l’idée sous-jacente est de détruire cet ennemi, l’« idée » est absurde car on ne détruit pas un virus.

Le sens de cette expression est ailleurs : seules des mesures autoritaires vis-à-vis de la population permettront de vaincre (!) l’épidémie.

On aurait presque oublié ces attestations où l’on devait s’auto-autoriser à sortir de chez soi durant le confinement.

Maintenant les masques sont devenus la panacée. Mais pour simplifier la consigne dans les zones à forte propagation, on l’impose dans un large périmètre, même si l’on est seul.e dans la rue.

L’arsenal des lois et décrets qui tombent presque chaque jour donnent toute latitude aux Préfets, adaptation au terrain oblige, pour demander une déclaration préalable de rassemblement ou manifestation, les autoriser ou non , limiter leur nombre de participant.es…

Une aubaine face à un quelconque risque de contestation sociale, environnementale, démocratique.

Il faut faire peur. Oui, en plus du risque de maladie, 135 € ça fait peur.

La prudence n’est plus mère de sûreté.

Il faut diviser la population.

La propagation, c’est la faute des jeunes. Après deux mois de confinement, ils peuvent bien attendre encore un an ou deux pour faire la fête.

Les grands parents ne devraient plus s’occuper de leurs petits enfants. Leur rôle indispensable pendant le confinement est déjà oublié. Pourquoi les confondre avec les résidents en EPAD ?

Opposer les générations est utile au système, une opposition factice car les générations ne sont pas des entités homogènes.

Dans l’idéologie de ce système les retraités sortent du système de production et n’ont donc plus d’utilité sociale : confusion entre emploi et travail…

L’idéologie de cette guerre se manifeste avec cynisme.

Les morts paient leur comportement irresponsable : rectification ou pas, le Préfet Lallement l’a pensé et exprimé.

Le choix des patients à réanimer pouvait se faire sur la base de « critères » afin de soulager la conscience des personnels médicaux : M. Salomon en est fier.

Les interventions de Sibeth N’Diaye ne constituent pas seulement un bêtisier. Regardez à nouveau sa façon sa façon de s’adresser à nous. Cette fille d’une célèbre avocate et d’un riche industriel liés au pouvoir sénégalais corrompu y manifeste la morgue, le cynisme et le mépris de sa classe sociale.

Pendant les week-end de trois jours du mois de mai, la Préfète d’Ardèche a interdit de sortir à deux faire ses courses, prendre l’air… même pour qui vivait sous le même toit !

Fin août , le Préfet de l’Hérault a fait évacuer un squat majoritairement occupé par des demandeurs d’asile sans offrir de relogement. Alors que des équipes médicales visitaient régulièrement ce lieu, près de 200 personnes se retrouvent à la rue dans une zone à propagation du virus classée rouge. La guerre contre les pauvres et les plus fragiles.

5 – QUE FAUT-IL COMPRENDRE ?

On se retrouve souvent confronté.es à des questions tranchées comme :

maladie mortelle ou simple gripette ?

pour ou contre le masque, pour ou contre l’hydroxychloroquine, pour ou contre le confinement, et bientôt pour ou contre un vaccin ?

Ne nous enfermons pas dans de tels dilemmes.

Cependant certains faits se confirment. Toute contamination ne veut pas dire hospitalisation du patient, toute hospitalisation ne l’entraîne pas systématiquement en réanimation, ni ensuite vers la mort.

Le taux de décès semble être très nettement inférieur à 1% des contaminés.

Les personnes fragiles sont âgées et les facteurs aggravants sont certaines maladies chroniques : diabète (induit le plus souvent), troubles cardio-vasculaires avec hypertension, certains cancers.

Il s’agit de valeurs statistiques, bien entendu.

Plutôt que de tabler sur le bon sens de la population par des campagnes de sensibilisation sur les situations nécessitant les gestes barrières, le gouvernement a opté pour l’autoritarisme et la répression.

Grâce au relai des « grands » médias, il nous annonce des chiffres (x contaminations, y hospitalisations…). Sans mise en perspective, sans les variations depuis février, sans les proportions, les chiffres sont une illusion de rigueur scientifique.

Des études à postériori sur les confinements en Europe montrent leur efficacité – relative- face la « vague » (en fonction du premier jour par rapport au premier décès). Ceux de la France et de l’Allemagne ont eu des résultats semblables mais avec des mesures moins liberticides Outre-Rhin.

6 – MASQUER LES CARENCES ET LES RESPONSABILITES

La crainte d’une nouvelle « vague » tient au risque d’engorgement des hôpitaux.

Les pays d’Europe les plus touchés par les décès en début d’année sont l’Italie, l’Espagne et la France. Trois pays où les hôpitaux ont été durement frappés par les politiques d’austérité.

Rappel de quelques chiffres.

Taux de lits de réanimation (pour 100 000 habitants) :


AllemagneAutricheFranceItalie
1998774,255,5
201765,53,52,5

Lits d’hôpitaux supprimés en France entre 1993 et 2020 : 162 904.

Sans compter les suppressions de postes, les conditions de travail, les rémunérations.

Les revendications des personnels hospitaliers sont loin d’être satisfaites par M. Macron.

Les mesures radicales utiles se limitent à la population.

Aucune réquisition n’a été réalisée : ni pour la fabrication des masques, ni pour la production de solution ou de gel hydroalcoolique …

Pire, le gouvernement se refuse à reprendre Luxfer pour le conditionnement de l’oxygène, il a, dans un premier temps, interdit aux pharmaciens de fabriquer du gel et il a prétexté des difficultés juridiques pour que les labos vétérinaires effectuent la PCR (après prélèvement par les labos biologiques d’analyse médicale), il n’a pas répondu à la demande de cliniques privées disponibles dans l’est.

Le gouvernement verse des larmes de crocodile en constatant les délocalisations qui privent le pays de médicaments de base, d’équipements hospitaliers.

Il s’offusque d’apprendre qu’un vaccin à l’étude par un groupe privé serait vendu en priorité au pays l’ayant financé. Hypocrisie de la part de personnes dont l’idéologie c’est justement la concurrence « libre et non faussée » et la rentabilisation de la santé.

L’émergence de microbes pathogènes pouvant provoquer de nouvelles épidémies, voire de pandémies, est une certitude. Les responsables au pouvoir restent muets sur les mesures à prendre pour anticiper ces risques.

7 – LEUR MONDE D’APRES SERA CELUI D’AVANT

« Premières propositions post-Co-VID-19 dans le domaine de la santé »

En mars, le gouvernement a reçu ce rapport commandité auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations. Ses préconisations parlent d’elles-mêmes :

  • Instaurer des solutions numériques pour les maladies psychiques.
  • Créer de nouvelles règles de financement fondées sur l’ « efficience »
  • Mettre en place des « Contrats à Impact Social » dans le but d’ « éviter des coûts à la Sécurité Sociale » et s’opposant à l’hospitalisation.
  • Responsabiliser (!) les patients, en particulier ceux atteints d’une Affection de Longue Durée.
  • Financer les hôpitaux via des PPP (Partenariats Public-privé)… « vertueux » !
  • Créer des « hôtels hospitaliers » permettant les « déversements de patients peu atteints en cas de surchauffe de l’activité ».
  • Créer des « Navires Hôpitaux » : ?
  • Développer la e-santé afin que la « santé numérique » et les téléconsultations deviennent la norme, en faisant appel à 700 start-up, banques, grands groupes de la santé, GAFAM.
  • Mettre en place des « Fonds de dettes en gestion déléguée ». En réalité des fonds vautour.

Sur le marché de l’immobilier sanitaire Icade Santé possède 135 établissements, un portefeuille évalué à 5,5 milliards d’euros.

Cette société est détenue à hauteur de 38,8% par la Caisse des Dépôts et Consignations.

La même politique néolibérale, au profit de quelques actionnaires, va se poursuivre.

L’on pourrait aussi citer Sanofi qui reçoit des aides de l’Etat, qui continue de verser des dividendes et prévoit de licencier.

Il en est de même dans le domaine de la recherche où les chercheurs vont continuer à chercher… des fonds, au nom de la « compétitivité stimulante », et où les contrats précaires vont devenir la norme. Seuls 400 millions sont prévus pour 2021 et les 1 milliard par an sur 10 ans n’engagent pas les futurs gouvernements.

Il n’est pas prévu que la France prenne des mesures quelconques face à la surexploitation des milieux, responsable de l’émergence croissante d’épidémies nouvelles. Sans parler de l’exploitation des humains.

Pas un mot non plus sur le fait que les facteurs aggravants sont en majorité des maladies chroniques liées au mode de vie imposé par le capitalisme : la malbouffe et ses perturbateurs endocriniens (obésité, maladies cardio-vasculaires, diabète induit…), la pollution atmosphérique (affection respiratoire).

Cette contribution a pour seule ambition de nourrir le débat

Patrick Seguin, septembre 2020